Reviews

Lifted or The Story is in the Soil....

Author: Didier
11/07/2002 | Matamore | www.matamore.net | Album Review
Voilà, il semble qu'avec cet album, Bright Eyes, alias Conor Oberst, 22 ans, soit enfin sorti de la forêt. Enfin c'est ce qu'il semble, à lire la grande et bête presse rock, Inrocks et Rolling Stone en tête, qui decouvre risiblement et après tout le monde le specimen qualifie ridiculement de « nouveau Dylan ».

'Lifted or The Story is in the Soil, Keep Your Ear to the Ground' est donc l'album qui suit pas mal de disques, de ep's, de singles, de splits, de side-projects du wonderkid d'Omaha. Un album qui a pour mission de gommer certains defauts - le chant emo/screamo n'etant plus tellement in à force d'excès -, montrer une certaine maturite tout en conservant le charisme et essayer de renouveler un peu le genre en tâtant de nouveaux terrains.

Trop tard diront certains. Malgre ses 22 printemps, Conor Oberst a dejà aligne et sorti dix fois plus de chansons qu'un Jeff Buckley et, avec la discographie qui precède, a dejà fait tomber et avance pas mal d'atout et de cartes. Honnêtement, j'ai l'impression d'avoir fait mon plein de chansons de Bright Eyes et de n'avoir pas vraiment besoin de ce nouvel album pas assez different different des precedents et moins percutant.

Pourtant, je vais ecouter ce disque comme il se doit, car Conor Oberst a reussi à installer un climat de fidelite jusqu'ici, un discours qui touche l'auditeur intimement. Mais la flamme que je portais à chacun de ses albums jusqu'ici a plutôt saute vers une autre personnalite, un autre personnage haut en couleurs, Jen Ghetto, que ce soit en solo sous le pseudo de S ou en groupe avec Carissa's Wierd.

'Lifted or The Story is in the Soil, Keep Your Ear to the Ground' est trop diffus, trop long et inegal pour me saisir, j'ai l'impression de passer à travers, marchant plus aux souvenirs qu'à la realite ici presente. Plethore d'instruments et de musiciens, mais alors que sur le 'Songs about leaving' de Carissa's Wierd la musique ne cesse de partir en vrille, tout reste pesant ici. L'emotion fragile des disques precedents est maintenant orchestree, formalisee.
Il faut esperer que de même que pour le 'Trust' de Low, ce nouvel album de Bright Eyes va l'ouvrir à un nouveau public, moins avide de sensations nouvelles et à la recherche de musiques riches et confortables. Quant à moi, je n'aborderai 'Lifted or The Story is in the Soil, Keep Your Ear to the Ground' qu'à petites doses.

Apprecier cet album, c'est un combat à main nues avec ces chansons, souvent trop fortes, trop decidees pour se laisser abattre et digerer.

Le disque commence très mal avec un 'Big picture' auto-complaisant de quasi 9 minutes où Conor part dans une diatribe quasi a capella, sans melodie, censee tenir debout grâce à sa rage, sa ferveur et quelques accords de guitare epars. Ca a marche dans le passe, ici c'est trop calcule, trop une redite pour fonctionner et ça met de mauvaise humeur.

Les choses serieuses commencent avec 'Method acting'. Ce morceau en rappelle clairement d'autres, des chœurs en plus, signes Azure Ray, peut-être pas indispensable, mais l'habillage total est impressionnant et le morceau a l'intelligence de s'arrêter à temps.

'False advertising' ne fonctionne pas bien. Difficile de demander à un paquebot de glisser sur l'eau et de tournoyer comme un voilier. Les cordes epuisent un peu sans qu'on sache vraiment très bien à quoi elles servent. Peut-être parce que Conor continue à chanter du Bright Eyes là où il aurait fallu quelque chose de plus romantique et emouvant. Ou alors c'est la production de Mike Mogis qui fait s'ecrouler le tout comme chez Mayday, Good Life et Gloria Record. Plus que probable. Une fois c'est un hasard (Gloria Record 'Start Here'), deux fois c'est un accident (Mayday 'Old Blood'), trois fois c'est une maladie (Good Life 'Black Out'), quatre fois c'est criminel.

Une respiration et clin d'œil lo-fi avec 'You will you will you will you will', Conor, sa guitare et un micro eloigne. Après deux minutes un full band rejoint la chanson avec des petits airs country et une fraîcheur bienvenue. Ouf, bon morceau ainsi que 'Lover I don't have to love' où Bright Eyes reussit à atteindre autre chose.

Par contre, patatras pour 'Bowl of oranges', un peu gnangnan à la Belle & Sebastien, pas vraiment là où on l'attendait, le piano et les cordes decredibilisant l'ensemble. Manque de foi et de melodie aussi sur 'Don't know when but a day is gonna come', un peu western, mais sans sueur ni poussière. La touche forward demange, on craque lorsque le full band debarque, trop cliche.

'Nothing gets crossed out' manque un peu d'energie et de foi, joli, très joli avec la seconde voix d'Azure Ray, mais ça ne decolle pas comme ça devrait. On passe vite sur 'Make war', option country classique, limite ventripotente, loin de l'acuite d'un Palace ou d'un Songs Ohia.

C'est incredule qu'on aborde 'Waste of paint', mais le morceau est bon, reduit à Conor et sa guitare folk, like in the good old days. On embraie alors sur le superbe 'From a balance beam' dejà present sur le ep 'there is no beginning to the story'.

Le disque finit mal : Mike Mogis lâche l'orchestre, ce qui rend 'Laura Laurent' et 'Let's not shit ourselves (to love and to be loved)' tout simplement insupportables.

S'il y a une justice divine ou tout au moins un peu de lucidite et de recul, alors Conor Oberst travaillera avec Chris Walla (producteur de Death Cab For Cutie, Carissa's Wierd, Kind of Like Spitting, Red Shirt Brigade, Velvet Teen) ou Jimmy LaValle (Album Leaf, Tristeza, responsable du Album Leaf & Bright Eyes 'collaboration 7' : www.matamore.net/annexes/chr_albumleaf3.htm) pour son prochain disque.

Bilan de ce disque ? Quelques bons morceaux où Bright Eyes fait ce qu'il sait faire de mieux et pas mal de passages enfles et pauvres en fraîcheur melodique.


Releases

All »

The People's Key

The People's Key

LP / Deluxe LP / CD / Deluxe CD / MP3


Merch

All »

Manville

apparel


Hypersolid

apparel